MES BASCKETS

 

Tout s’accroche à mes baskets.

Un passé qui ne me laisse pas passer, sans passé.

Une solitude, qui passe de l’inquiétude à l’habitude.

N’étant que de passage, il serait plus sage que je m’en soulage, me prélasse, me délasse et me débarrasse de tout ce temps passé.

Pieds nus, sans mes baskets, je suis guillerette et détendue.

Mon passé s’est ramassé et je lui fais des galipettes.

Mais, sans mes baskets, je sens venir l’entourloupette, pas très honnête.

Me retournant, j’aperçois les traces d’un passé qui ne peut s’effacer ni ne veut me lâcher.

Alors, embarrassée, je remets mes chaussettes et mes baskets.

Cette fois-ci, plus d’anicroche, tout s’accroche.

QUE FONT LES AUTRES

 

Que font les autres,

Quand le temps est à la pluie, Moi, j’ai les yeux mouillés,

Quand le ciel gris n’ouvre pas ses cieux, Moi, j’ai les idées noires, fermées au monde,

Quand la vague déverse sa mélancolie, Moi, j’ai du vague à l’âme, nostalgie coulant à flots,

Quand l’orage gronde au loin, les oiseaux se cachent, Moi, j’ai le cœur gros, je soustrais aux regards mes angoisses, non loin,

Quand il fait froid et venteux, dans cet hémisphère, Moi, j’ai mon corps beau, qui se les gèle et mes tétons qui se la jouent pointus,

Que font les autres 

EN AUTOMNE

 

En automne, plus rien n’étonne.

La chasse à la tonne n’étonne plus le gibier d’eau.

Autrefois, elle consistait à se cacher dans un demi-tonneau, le chasseur, à l’affût, tirait le gibier, près d’un plan d’eau, au travers d’une ouverture découpée dans le tonneau.

Aujourd’hui, c’est une petite cabane en bois, flottante, la tonne. Pour attirer les oiseaux, sont disposés sur l’eau, des appeaux, et le canard qui s’y approche, risque ses ailes ou sa peau.

En automne, plus rien n’étonne.

Comme ce phénomène terrestre, l’équinoxe d’automne.

Où le jour et la nuit divisent nos deux hémisphères ! on s’en bidonne. !

Ainsi que sur la plage océanique et ses belles vagues, à cœur joie on s’en donne.

L’été indien, quand il fait chaud en automne, n’est guère monotone,

Mais quand tombent les feuilles, tombent les larmes de la mélancolie de l’automne.

Cependant, en regardant les chaudes couleurs automnales rouges, jaunes et oranges, on en frissonne.

En automne, plus rien ne m’étonne.

Cette saison est mienne.

Dans ma ville, les hirondelles s’assemblent par centaines.

Se concertant pour le départ, l’une dit :

« oh ! qu’il fait bon sur les remparts, tous les ans j’y vais et mon nid bouche le trou d’un boulet de canon »

L’autre lui répond :

« j’ai ma petite chambre en haut du minaret qui se trouve sur la grande île et mes quartiers d’hiver sont prêts »

La troisième réplique :

« moi, je ferai halte, car l’âge m’alourdit un peu, aux blanches terrasses des volets bleus, mon chez moi. »

Ainsi jasent les hirondelles, sur les toits, voyant venir la brise fraîche et la fin des beaux jours.

TUER LE TEMPS EN éCRIVANT

 

Tuer le temps en écrivant,

Tuer le temps en écrivant n’est pas un crime ; pourtant un crime a bien été commis.

Le ressac l’a déposé sur un rocher ; livre mouillé, écorné, délabré, à moitié ouvert, comme s’il voulait pousser son dernier cri à cette mer, qui entretient d’éternels murmures autour de ses rivages désolés.

Je passais par hasard sur cette étendue de sable et de galets longeant la mer, lorsque je l’ai aperçu. Le ramassant avec précaution, je l’emportais avec moi, vers un coin des rochers, à l’abri des embruns. Bien assise sur le sable chaud, je l’ai déposé, avec précaution, sur mes genoux repliés.

Le soleil est à son zénith, en ce milieu de journée, la douceur de ses rayons est venue caresser chaque caractère, chaque page, pour lui redonner vie et me laisser se pouvoir, ô combien ! extraordinaire, de décrypter ce journal intime.

Cela raconte, à la suite du naufrage de son voilier, l’infinie solitude d’un être, abandonné à son triste sort, sur une île déserte, plus exactement, un banc de sable perdu au milieu de l’atlantique, qu’aucune carte maritime ne mentionnait, car inconnue à ce jour.

Parmi les objets se trouvant dans le canot de survie, un carnet et des crayons. Alors, commencèrent, pour lui, ses longues journées d’écriture, relatant son destin, son naufrage et sa fin de vie.

À bout de souffle, croyant que tuer le temps en écrivant n’est pas un crime, il écrira ces derniers mots :

C’est en écrivant, que j’ai tué le temps qui a fini par me tuer.

LE MIROIR

 

LE MIROIR

Nous ne pouvons-nous rencontrer, que si la lumière nous réfléchit l’un dans l’autre.

Avec toi, je côtoie la vie à la lueur d’un reflet.

Tu peux me faire miroiter tout ton émoi qu’importe ! moi je ne vois que toi, n’entends que ta voix.

Quand se réfléchit mon image à travers toi, mes pensées s’y reflètent, je ne peux rien te cacher.

Toutefois, tu n’es pas un miroir magique, car tu ne peux me ramener d’où je viens.

Et lorsque je me regarde, dans ton miroir, je me sens prisonnière ; en cet instant, je réalise que le seul endroit, où je veux bien me sentir captive, c’est derrière les remparts de mon refuge, par-delà les terres et les mers.

Il me faut alors te briser, puis te regarder partir en morceaux, et d’un coup de balai me dire :

celui-là ne me les brisera plus !

Juste le temps d’éprouver de nouveau, le besoin de rechercher tes brisées.

ON S'EST DéJà VU

 

ON S’EST DÉJÀ VU

Où en suis-je ? À ma toute première vie ? À ma vie d’avant ? Ou bien à celle d’après ? ce dont je suis certaine, c’est que l’on s’est déjà vu !

Ce visage, ce regard, cette allure, me font survoler l’univers dans un présent au goût imparfait. Comme un futur languissant au gré de son passé si proche et si lointain, à la fois.

Comment te reconnaître sans te connaître ! La destinée de mon destin s’obstine à toujours éprouver un sentiment d’être, « comme chez moi », ou, plus exactement, d’être là depuis une éternité.

Dans cette rue, dans cette ville ainsi que parmi les parfums de l’existence. Pourtant, je sais, que je ne suis jamais passée par ici.

L’insolite vient du fait, qu’un sentiment profond, invisible comme une aura, me dit le contraire. Mais pourquoi tant de mystère ? Je t’ai déjà rencontré, Où ? Comment ? À quel endroit ?

Dans notre cerveau tout se bouscule. Méticuleusement et consciencieusement on pousse les neurones, pour faire place aux souvenirs de notre vie passée mais dans le présent. Béni soit cette mémoire qui s’éveille enfin ! Qui nous remémore, point par point, nos repères et nous remet dans l’axe de la terre.

On veut bien y croire, aux sept vies ou plus, selon les croyances, cela permet à l’imagination de s’évader, de respirer un nouvel oxygène puis de se garder un petit « Mysterium » dans le coin de son âme.

Mais que c’est bon, également, d’avoir les pieds sur terre ! Les repères ! C’est notre équilibre mental. C’est peut-être ça ! L’amour éternel !

On se rencontre pour la première fois, mais on se connaît depuis toujours, puisqu’on s’est déjà vu !

LE PETIT GARçON

 

LE PETIT GARÇON

Assis sur son banc d’école, l’enfant curieux découvre la lecture et la magie des mots.

Le maître d’école, intrigué par ce comportement précoce, lui propose de se rendre à la bibliothèque.

Un instant plus tard, devant tous ces livres, l’enfant n’a que l’embarras du choix. Juché sur la pointe des pieds, il en attrape un, dont la couleur, rouge et or, a attiré son regard.

Puis, le livre à la main, il demande à son maître :

-Je peux l’emporter ?

-Bien sûr ! Mais, sais-tu ce que c’est qu’un poème ?

-Non m’sieur !

-Alors, après l’avoir lu, tu me le diras ?

-Je veux bien !

L’enfant repart, avec le livre bien rangé dans son cartable. Sac au dos, les mains dans les poches, il parcourt, en sifflotant, le chemin qui le ramène chez lui. Il est heureux, car demain, c’est mercredi, et il aura toute la journée pour lire son livre.

Le jeudi matin, sur le chemin de l’école, son petit poème à la main, les poches pleines de bonbons à l’anis, il pense à ce mercredi qui, grâce à son livre, a été le plus beau jour de sa vie !

Le maître d’école, lui demande :

-Alors ! petit bonhomme ! Sais-tu ce que c’est, maintenant, un poème ?

-En lisant le petit poème, j’ai ressenti la même sensation que quand je mange mes bonbons à l’anis !

Dites ? M’sieur ? Est-il possible qu’un poème soit aussi exquis qu’un bonbon ?

JOURNéE MOROSE à ANDERNOS

 

JOURNÉE MOROSE À ANDERNOS

Aujourd’hui, on ne peut éviter les ennuis !

Nuages, noirs et menaçants. Mer, déchaînée. Comme une vraie furie, elle abat ses déferlantes grondantes sur la plage.

Andernos n‘est pas à la noce.

À la pointe du Cap Ferret la sterne est consternée, elle ne peut rejoindre son béguin sur le banc d’Arguin. Le vent hurlant l’en empêche.

Les mouettes sont chouettes, elles se rallieront, à tire d’ailes, pour l’aider à retrouver ses amourettes sur le banc de sable.

Aujourd’hui n’est que nuit, quel ennui !

IL A DISPARU

 

IL A DISPARU

Il a disparu. Un matin au réveil il ne se trouvait plus près de moi.

Notre première rencontre, sur les bancs d‘école, me restera à jamais en mémoire.

Toujours ensemble. L’un sans l’autre s’ennuyait à mourir. L’autre sans l’un n’avait plus de raison d’être.

C’est lui qui m’a inculqué la lecture avec ses mots magiques, ses phrases où chaque lettre, qui, comme une note de musique, dansait, virevoltait dans ma tête en harmonie, pour me raconter une histoire, me faire rêver et m’apprendre le monde.

J’ai découvert, en lui, les mots que je ne savais exprimer. Parfois, le sens des mots m’était compliqué mais c’était sa façon d’éveiller ma curiosité, ma sensibilité, ma compréhension. Je lui en serais reconnaissante, à tout jamais.

Avec lui, le silence est un refuge. Les bruits extérieurs s’effacent pour ne laisser place qu’à sa lecture, magique, nous transportant dans une autre dimension, un monde où l’on n‘est jamais seul.

On n’est là, sans y être.

Pour tout cela je ne l’oublierai jamais. Il a été retrouvé, gisant au pied du lit, un peu écorné, fatigué, à moitié ouvert, comme pour dire son dernier mot.

Le livre.

 

FACE À L’ORDI…

L’écran de veille se réveille au contact de mes p’tits doigts pour atteindre les touches de mon clavier docile.

L’idée, l’inspiration et le profond désir, enfin, toutes ces choses qui donnent envie d’écrire, doivent couler, naturel, afin de donner vie à cet écran, qui ne saurait s’animer sans ma verve perpétuelle.

Comme tout m’a l’air si facile ! forcément ! sur mon nuage …

Mais, mes maux, mes mots, mémo, mémoire, sans eux, pas d’histoire, rien à raconter, écran noir.

Ainsi que ce seul mot « Mogador », qui fut gravé dans mon cœur quand j’y ai vu le jour.

Puis, encore et toujours, mémoire « d’un personnage, a qui, bien trop souvent, j’ai envie d’écrire :

Maman si tu savais…

Face à l’ordi, faut s’organiser rien est ordi'naire.

 

DOUCE NUIT

Quand elle ne dort pas, elle s’ennuie,

Ainsi, la belle de nuit, s’enfuit, sans bruit,

Et pour ne nuire à personne, elle attend minuit.

Envoûtante, silencieuse, songeuse est la nuit,

Mais pour lui, l’Inuit, blanche est la nuit,

Alors que, l’Ivoirien, lui, il n’y voit rien la nuit,

Dans son boui-boui, le méchoui n’est même pas cuit,

Quelle importance ! pour la belle et l’inuit,

Ils se diront, de toute façon, on a bien joui,

Encore et encore, cette nuit,

Et pendant mille et une nuits

Elle lui racontera une histoire par nuit.

C’est inouï comme elle est épanouie

Quand elle ne dort pas, la belle de nuit.

 

L’AMI DU PAIN

C’est le copain du pin,

Celui qui fabrique la pinassotte, cette embarcation mythique du bassin.

Parfois, il lui emprunte sa pinasse sur laquelle il se prélasse,

Laissant son imagination voguer au fil de l’eau, sacré galopin !

Quand il pense à sa mie de pain

Et à ses miches, il n’a qu’une envie, c’est de les dévorer comme du bon pain,

Mais, l’amie du pain, elle, ne rêve qu’au pignon de pin,

Sur son chevalet, au Bord’O, c’est lui qu’elle peint,

Accompagnée par le pinson qui, du haut de son pin parasol, lui siffle un air de Chopin.

Sa quiétude ne dure pas, s’approche, insidieusement, croûton de pain, qui, pour tenter de la rouler dans la farine, lui raconte une histoire sans fin.

Peine perdue, ou pain perdu,

Car elle ne s'en laissera pas conter, par ce quignon de pain.

L’amie du pain le mènera à la baguette, faite au levain,

Avec, à l’intérieur, bien moelleuse, une mie de pain qu’elle dévorera sans faim au petit matin.

Un peu plus tard, pour éviter de se cailler les miches, dans sa huche à pain et pour le plaisir de se les faire pétrir, la mie de pain ira rejoindre son pain doré, ou son adoré de pain.

Délaissant celui qui ne veut pas abandonner son parasol, pin pignon, pour une soirée croustillante au « Club Sandwich ».

MON SOMMEIL

 

MON SOMMEIL

En cet instant, je ne veux pas dormir,

Dormir, c’est mourir un peu,

Peut-être un peu plus tard,

Tard dans la nuit mes yeux s’éteindront,

S’éteindront les lumières du jour,

Jour ou nuit je n’sais pas, je n’sais plus,

Plus il fait nuit dans ma tête plus j’y vois clair,

Clair dans mon esprit parti ailleurs,

Ailleurs, pour un voyage dans les étoiles,

Etoiles brillantes qui illuminent le sombre univers,

Univers infini où chaque étoile est une âme,

Âmes chères disparues je vous rejoins,

Rejoins juste l’instant d’un rêve, d’un sommeil,

Sommeil éternel, je suffoque, je cligne des yeux,

Yeux grands ouverts, j’ai peur, ne plus dormir,

Dormir, en cet instant, je ne veux plus.

JUSTE L’INSTANT D’UN MOT

 

Ce mot qui, pour l’instant n’est pas prononcé, que je ne vais pas tarder à écrire ;

Il y a bien longtemps, il m’arrivait, parfois, de l’articuler, mais à l’époque, je le côtoyais sans le voir, Il faisait partie intégrante de mon existence ;

Sa silhouette d’un vert sombre et soutenu, se détachait admirablement sur les remparts de la médina ;

Il est parfaitement adapté au sel marin et au vent, ce qui en fait un arbre emblématique de Mogador’able ;

L’ARAUCARIA

OUED DESTIN Mémoire mogadorienne

 

Mogador là où tout a commencé ;

J’ai remonté le fleuve « Oued Destin » avec nostalgie ;

La barque bleue où j’ai débarqué un matin d’octobre est toujours là dans le port de Mogador ;

Rue de la « Skala » j’entends mes premiers pas progressant vers la terrasse ;

Souvenir de mes flirts immortalisés sur les murs délabrés du Château Ensablé ainsi que du Fort Portugais ;

Sur mon île, repère de mon enfance le goéland entend mon cri de détresse et me fait une place dans son nid douillet ;

Déambulant le long des remparts de la ville, le vent m’enivre, je hume le parfum iodé des embruns, quand la vague se frotte amoureusement sur sa muraille, cela me rend fatalement folle de jalousie ;

Je me laisse submerger par cet « Oued Destin »

Mon âme est dans ses profondeurs ;

Le blues m’a fait remonter jusqu’à sa source,

L’océan mon allié mon repère.

BONJOUR AUJOURD’HUI

 

Au petit jour, de mon séjour, j’aperçois la plage et ses îles qui l’entourent. Tenant un café, bien chaud entre les mains je respire l’air alentour et devine qu’aujourd’hui sera un bon jour.

En allant faire un tour dans la médina, je fais un détour vers la place centrale et m’arrête, un moment, pour écouter les conteurs de Mogador, ces troubadours qui animent la rue de leurs poèmes et mélodies au rythme d’un tambour.

En passant par le carrefour de l’horloge, il me faut faire demi-tour, c’est jour de marché, les rues sont barrées tout autour.

En chemin je rencontre Cabour le pêcheur ; tenant autour de son bras un panier plein d’oursins ; nous échangeons quelques calembours, il ne pige pas tout, mais rigole quand même ; "le chaud soleil" a fait son effet comme toujours.

Au retour, je passe devant la cour des miracles, les enfants sont agenouillés autour d’un plateau empli de petits fours et c’est avec beaucoup d’humour qu’ils racontent leurs exploits du jour.

Je cours encore, aujourd’hui, après un bonjour, celui qui me fera dire qu’entre nous : C’est un bon jour pour toujours.

JOUR DU MARCHé Mémoire mogadorienne

 

Dimanche, jour du seigneur, pour certains, pour nous c’était jour du marché !

Lorsqu’une calèche passait devant la maison, nous lui faisions signe de s’arrêter. Le cocher demandait toujours son dû d’avance. Cette formalité accomplie, maman, accompagnée d’un ou deux de ses enfants, s’installait gracieusement sur la banquette arrière plus ou moins rembourrée, à l’abri du vent, sous la capote noire. Le cocher, pour conduire son fiacre, faisait claquer son fouet dans les airs, ou, pour faire fuir les enfants, frappait la barre arrière, sur laquelle ils avaient l’habitude de s’agripper, tout en courant. J’empruntais fréquemment ce moyen de déplacement, notamment pour aller à l’école en compagnie de mes meilleurs amis.

Toutefois, jamais le jour du marché, car ce jour-là, j’étais assise à côté de maman, bien sagement. Notre destination, le marché, près du souk j’did via le trottoir rouge. Ce lieu, haut en couleur, indescriptible, noir de monde, est l’endroit favori de tous les chalands de Mogador. Les femmes y viennent pour discuter, aussi bien du prix de telle ou telle marchandise, que pour causer de l’insuffisance de la dernière pluie, de la sècheresse qui pointe le bout de son nez, du vent qui souffle sans interruption depuis maintenant trois semaines, de la sardine qui tarde à venir, enfin des toutes dernières nouvelles qui circulent dans la ville. Elles abordent inévitablement ces sujets avec les marchands que sont, pour ne citer que les deux plus connus : Bensoussan l’épicier, Messaoud le vendeur de fruits et légumes, sans oublier, un peu plus loin sous les arcades, le boucher et ses pièces de viande suspendues à une esse, couvertes de mouches affamées.

Il faut dire qu’un achat sans conversation soutenue et colorée, est plus qu’une inconvenance : c’est l’ahchouma.

Les odeurs d’épices se mélangeaient à l’encens qu’un vieux marocain, probablement de secte des regragas ou des aïssaoua, balançait à bout de bras, au-dessus des étalages, pour conjurer le mauvais sort. Je ne supportais pas cette odeur forte, qui m’arrivait juste à hauteur du nez. À son contact, j’en avais l’estomac tout retourné et les yeux révulsés. Mais, bienséance oblige, je ne bronchais pas !

Nous étions suivis de notre porteur. Il empilait les denrées, achetées au fur et à mesure, dans un grand panier en roseau tressé, posé sur le guidon de son vélo. Je n’ai jamais compris comment il faisait pour se guider sans tomber. Tout en pédalant, il se penchait, un coup à droite, un coup à gauche, visibilité incertaine, parfois nulle, et donc, très dangereuse. Nous le suivions, un peu inquiets, mais bien installés dans notre calèche, jusqu’à la maison.

Et le rituel se répétait tous les dimanches.

CROISIÈRE INTRIGANTE 1963

 

Nous voguons sur l’Azemmour, vieux paquebot fatigué de ses longues années d’aller-retour entre Tanger et Marseille. Trois jours et trois nuits de grande vie, ponctués par les repas dans l’immense salle à manger, en première classe, s’il vous plaît ! le grand luxe !

Et puis les balades interminables sur le pont à humer le vent du large. Et puis aussi, à l’heure de l’apéro, le rendez-vous au bar où la plupart des passagers lient connaissance. A midi, nous nous retrouvons, maman, la grande sœur, le grand frère, moi-même et le petit dernier, tous les cinq, autour d’une grande table ronde.

Ce jour-là, le petit frère manque à l’appel !

où est-il donc passé ?

Maman interroge la sœur aînée, censée la seconder, qui lui répond : Il était avec moi il y a quelques minutes, puis je l’ai perdu de vue ! On questionne le personnel du bateau, quelques autres personnes : Quelqu’un aurait-il aperçu un jeune garçon de sept ans, un petit blondinet ? Mais chacun fait une moue d’ignorance !

Les minutes passent, l’angoisse se fait grandissante. Tout l’équipage est ameuté et part en chasse. Les stewards, avec beaucoup de gentillesse et de calme, se voulant rassurants, nous précisent qu’il ne doit pas être bien loin, forcément sur un bateau, et que nous finirons bien par le retrouver. Nous-mêmes, frères et sœurs, fouillons de tous côtés, en sillonnant dans les coursives. Quelques voyageurs compatissants nous ayant pris en sympathie, s’empressent de pister le porté disparu.

Ah ! ce petit dernier……aussi bien charmant que turbulent, à courir sans cesse dans tous les sens, à entamer le dialogue avec n’importe qui, à nous causer des soucis en permanence. Au moins, on peut dire qu’avec lui, on ne s’ennuie pas, il n’a pas hérité de la timidité et du tempérament réservé de la famille ! D’ailleurs à table c’est simple, nous les vieux, on écoute, et lui seul parle, à nous raconter ses aventures, à débiter toutes sortes d’histoires récoltées un peu partout. Beaucoup de blagues mais surtout du baratin à profusion, car il aime faire rire son entourage, surtout maman qui, elle, avale ses paroles comme du bon pain.

Bref, au bout d’un certain temps, de recherches effrénées, un homme de l’équipage, nous avertit que le petit blondinet en question a été localisé, enfermé dans les toilettes. Il ne veut absolument pas se montrer, car il a le mal de mer et l’estomac tout retourné.

Scotché sur le trône, il est dans l’incapacité de sortir de sa cachette. Pas de problème ! L’homme de service très dévoué, ouvre la porte avec un passe, voilà notre petit frère récupéré, la mine déconfite, vraiment mal en point, ne comprenant pas, mais alors pas du tout, pourquoi nous lui présentons des visages ravis, soulagés devant son air tristounet !

Heureusement grâce aux bons soins de maman et aux câlins des frères et sœurs, tout est vite rentré dans l’ordre… adieu au mauvais souvenir ! Le moussaillon avait rejoint le gros de l’équipage ! le club des cinq s’était reconstitué !

BLEUE, LA BARQUE

 

Elle naviguait sur les eaux tumultueuses du rêve, comme une ombre suspendue.

Les passions, le spleen, sont comme les vents qui soufflent en rafale, entraînant et submergeant, quelquefois, la barque bleue. Cependant, sans eux, elle ne pourrait voguer.

Mais au fait, où va-t-elle ?

Elle espère rejoindre les maisons blanches, tout au bout de la plage ; échouer près d’elles, puis se mélanger au bleu des volets, pour qu’enfin le bleu resplendit au contact du blanc.

Y parviendra-t-elle ?

LE FLIRT AU FORT Mémoire mogadorienne

 

Nous marchons seuls tous les deux sur la plage,

Le soleil réchauffe nos corps enlacés,

Les vagues de l’océan caressent nos pieds nus,

L’instant est à nous plus rien n’a d’importance,

Le chemin est long jusqu’au fort portugais,

Arriver sur le rocher nous gravons nos initiales,

Nous flirtons sur le plus haut sommet du fort,

Sur le sable chaud nous jouons à nous rattraper,

Sans jamais se perdre mais toujours se retrouver,

Le soleil va bientôt se coucher il nous faut rentrer,

Nous quittons l’endroit secret de nos amours,

C’était un après-midi au fort portugais.

MOMENT D'INTIMITé ENTRE MèRE ET FILLE

 

LES GÉNÉRATIONS

Je me souviens, au plus profond de ma mémoire pleine de malice, d’une petite dame aux traits légèrement plissés se prénommant Alice,

C’’était ma mamy blue à moi,

Le monde lui est apparu couleur framboise, si bien qu’un jour, elle donna naissance à une très jolie Anne-Françoise,

C’était ma maman à moi,

La terre lui paraissait si bleue et si vaste comme l’océanique, qu’un matin, accompagné du bruissement des vagues elle mit au monde une petite Annick,

C’est à maman à toi, ma chérie,

Cette planète aux mille parfums est synonyme de Natalis, d’où l’idée, m’est venue de te la faire connaître et de t’en faire porter son joli nom Nathalie,

Tu es la maman de tes enfants,

Porteuse d’espoir, d’amour et de beau temps comme la météo, cela t’a donné l’envie d’avoir envie, d’offrir à ton amoureux un amour de petit gars Théo,

Ton fils,

Mais ce n’était pas suffisant, dans votre univers d’amour restait une petite place pour Jo ou Anna, le désir de désirer était trop fort, c‘est ainsi que l’univers a accueilli la ravissante et délicate Joanna,

Ta fille,

Je m’en souviens….

POUR ELLE

 

ELLE ÉTAIT LÀ

Elle était là, dans son fauteuil,

Sous la lumière d’un abat-jour,

Elle était là, dans son salon,

Qui l’attendait ou le rêvait,

Elle était là, dans son refuge,

Où plus rien ne pouvait l’atteindre,

Elle était là, dans son repaire,

À l’abri de ses livres évasions,

 

Elle n’est plus là,

Elle n'est plus là, dans son fauteuil,

Lumière éteinte de l’abat-jour,

Elle n’est plus là, dans son salon,

Fini l’attente, finis les rêves,

Elle n’est plus là, dans son refuge,

Envolée, loin de toute atteinte,

Elle n’est plus là, dans son repaire,

Ultime évasion, comme livres brûlés,

Elle n’est plus là … Maman, je m’en souviens…

Mes souvenirs avec toi,

Sont une mosaïque de couleurs chaudes,

De petites pierres harmonieusement rangées,

Dans ma mémoire qui danse comme une ballade,

Langoureuse et nostalgique,

Aujourd’hui, je vais bien,

Mon regard posé sur le tien, je n’ai plus mal.